04 Nov Hommage à Christian PEES
Ce matin, un très bel hommage a été organisé au stade du Hameau à Pau, au sein de la Section paloise, pour saluer la mémoire de notre ami Christian Pèes, ancien président du groupe coopératif Euralis. Voici le texte que j’ai eu l’honneur de prononcer :En septembre, Euralis m’avait demandé un texte sur Christian. Je concluais mon propos par ce jugement : « En Béarn, faire consensus pour ce que l’on pense, c’est impossible. En revanche, faire consensus pour ce que l’on est, c’est rare mais possible. Christian Pèes y parvient. »L’émotion, sincère, que l’on mesure depuis samedi ; l’incroyable mobilisation ce jeudi matin, autour de vous, Madame, démontrent que Christian faisait effectivement l’unanimité. On aimait Christian pour sa gentillesse, sa bienveillance, son sourire, sa voix forte. Mais, au-delà, on reconnaissait à Christian sa vision, sa capacité à choisir, à affirmer des convictions, à rester libre. Nous partagions la même vision du progrès. Dans son ouvrage « L’arme alimentaire », j’ai noté trois plaidoyers : « Oui, un brin de chimie est nécessaire », « Oui, l’eau est nécessaire aux cultures », « Oui, l’innovation est nécessaire ». Ces trois chapitres rappellent ses combats, menés courageusement, « face aux ultralibéraux, comme aux altermondialistes », pour reprendre son expression. En 2006, j’avais indiqué, dans une interview, que j’étais favorable au nucléaire, favorable à l’expérimentation sur les OGM, et favorable, enfin, à la recherche sur les gaz de schiste. Christian avait lu cette interview. Vraisemblablement, s’était-il demandé : « c’est qui ce fou ? ». C’est d’ailleurs sur ces convictions, minoritaires, voire marginales, que notre amitié s’était construite. Homme de progrès toujours, il savait qu’Euralis devait être compétitive, qu’elle devait, comme notre agriculture nationale, avoir un temps d’avance, qu’elle devait repousser les frontières et devenir un acteur mondial. Dans le même temps, il nous expliquait que ce n’était plus les agriculteurs qui faisaient le produit, mais les consommateurs. Pour lui, la principale mutation de l’agriculture, c’était celle-là. Le passage d’une agriculture productiviste à une agriculture raisonnée ne résidait pas dans les volumes, mais dans la capacité à interpréter et à accompagner les demandes de nos concitoyens. Homme de progrès, Christian était aussi un homme de racine. Dans son ouvrage, Christian joue sur les mots et rappelle qu’il aimait la terre, comme planète et comme humus. Il ne servait à rien d’avoir bâti un groupe de dimension mondiale, présent sur quatre continents, au chiffre d’affaires supérieur à un milliard d’euros, si le bénéfice ne revenait pas aux agriculteurs du Sud-Ouest. Comme le président Cazalé, et comme le président Congues, Christian savait qu’il devait préserver ce juste équilibre entre taille et racine. Son attachement au Béarn, ici à la section paloise, à ce stade du Hameau, prouve avec force qu’il est resté ce fils d’Athos-Aspis, fier de ses origines, de son histoire, de sa culture. En somme, l’histoire de Christian Pèes, c’est un peu l’histoire du Béarn. Un territoire à la forte identité, et ouvert sur le monde. Ce « en même temps là » suppose d’être plus malin. Dans les quatre mousquetaires d’Alexandre Dumas, en complicité mais aussi en rivalité avec Aramis et Portos, Athos était le plus vif, peut-être le plus intelligent. Justement, comme Christian.