04 Déc Stabilité, clarté, certaines réformes bienvenues, ne pas suivre les extrêmes, laisser aux députés leur pouvoir : les raisons pour lesquelles je ne voterai pas la censure
Michel BARNIER a engagé, lundi, sa responsabilité sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale, en vertu de l’article 49 alinéa 3 de notre Constitution. Ce mercredi 4 décembre seront examinées deux motions de censure déposées par le Rassemblement national et La France Insoumise. La censure sera votée, sauf surprise de dernière minute. J’ai souhaité vous faire connaître ma position. Je ne voterai pas la censure, pour quatre raisons principales.
Premièrement, la France a besoin de stabilité et d’apaisement. La vie politique est hystérique. Les incidents parlementaires se succèdent et créent dans le pays un sentiment de tension qui interdit tout, et notamment les réformes dont le pays a besoin.
Deuxièmement, voter la censure sur le budget, et donc « faire tomber le gouvernement », c’est s’exposer à de grandes incertitudes. Personne n’a de visibilité sur le « jour d’après ». Censurer le gouvernement sur le budget, c’est renoncer aux indispensables économies que le pays doit réaliser pour lutter contre son endettement. Pire, la censure augmentera notre dette du fait d’une flambée des taux d’intérêt. C’est aussi placer les Français devant une augmentation importante des impôts du fait de la non revalorisation des barèmes. C’est également priver nos concitoyens de mesures attendues. Ainsi, dans le budget, de nombreuses dispositions en faveur des agriculteurs étaient annoncées, suite au mouvement agricole des mois de janvier et février 2024. Rien que pour l’agriculture, plus de 300 millions de mesures nouvelles devaient être adoptées. Les budgets de Michel BARNIER sont très critiquables mais la non adoption de ces projets de loi de finance entraînera le prolongement du budget 2024 sans répondre aux besoins de 2025.
Troisièmement, les motions de censure sont déposées par les deux formations extrémistes du pays, le Rassemblement national et la France Insoumise. J’ai toujours annoncé que je ne souscrirai à aucune démarche de ces deux formations qui menacent, selon moi, nos institutions et notre ordre républicain. En fait, nous le voyons bien, le Rassemblement national et La France Insoumise n’aspirent pas à un changement de gouvernement. Ce qu’ils veulent, c’est la démission du Président de la République. Je considère qu’il y a danger à précipiter les échéances et à organiser une élection présidentielle dans cette période de tensions. Méfions-nous ! Un 2nd tour Marine LE PEN – Jean-Luc MELENCHON est possible. Censurer le gouvernement, paralyser l’action gouvernementale et parlementaire, c’est l’objectif de ces deux formations.
Quatrièmement, voter la censure, c’est redonner la main au Président de la République. Cela peut paraître paradoxal mais le résultat de la censure et le départ du gouvernement de Michel BARNIER c’est donner au Président de la République la possibilité de tout choisir : le Premier Ministre, le Gouvernement, la politique gouvernementale. Le Président de la République est responsable de cette situation chaotique. Il a procédé à une dissolution aussi inexplicable que ratée. Il n’a pas tenu compte du vote des Français et a désigné Michel BARNIER qui ne disposait que d’un soutien très faible au sein de l’Assemblée. Les Français ont très largement voté lors des Européennes et les Législatives contre le Chef de l’État, Emmanuel MACRON. Ils ne veulent pas la pagaille mais un changement profond dans notre vie politique nationale. Sur les retraites par exemple, ils savent que la réforme votée en 2023 est injuste et quasiment inapplicable. Ils souhaitent que les dispositions les plus critiquables de cette loi soient supprimées et modifiées. C’est d’ailleurs ce qu’a demandé Michel BARNIER aux partenaires sociaux. Ces modifications doivent se faire sans intervention du Chef de l’Etat. Censurer le gouvernement, c’est permettre à Emmanuel MACRON de choisir comme Premier Ministre l’un de ses proches. Or, les Français ont voté contre cela.
Pour toutes ces raisons, je ne voterai pas la censure. Le 8 octobre, à l’issue de la déclaration de politique générale, j’avais, à l’inverse, voter pour la censure. Je m’en étais expliqué : il n’y avait pas de risque de faire tomber le gouvernement puisque le Rassemblement national ne votait pas la motion en discussion ; cette motion était proposée par le Parti socialiste et non par La France Insoumise ; enfin, la censure ne s’adossait à aucun texte si bien que l’on ne bloquait pas des crédits en soutien des Français.
Nous sommes dans un cadre totalement différent aujourd’hui. J’ai donc souhaité vous indiquer ce que serait cet après-midi mon choix. Je maintiens qu’il y a possibilité de former une majorité, y compris dans cette assemblée fragmentée. Il faut un Premier Ministre libre, respectueux de nos institutions et de la fonction présidentielle ; partisan d’un changement profond, notamment avec les parlementaires et les partenaires sociaux, et qui propose un pacte de gouvernement jusqu’à la fin du quinquennat aux formations de l’arc républicain, des LR jusqu’au Parti communiste. Sur la santé, sur la dette, sur l’école, sur la question de l’autorité de l’État, sur le soutien à notre agriculture et à notre industrie, on peut très largement constituer des majorités de projet. Cela se pratique dans toutes les démocraties européennes. La France doit apprendre l’écoute, le respect et le compromis.